Au fil de nos lectures

« Si j’avais su ! disent-ils. Malheureusement, cela n’est pas si simple. La plupart du temps, ils avaient déjà senti un malaise, sans pouvoir le définir. C’est pourtant ce qui permet de reconnaître les pervers. » Claire-Lucie Cziffra

Dans une relation perverse, de la plus superficielle à la plus intime, il y a toujours une atteinte à la vie privée, même indirectement, et, au final, c'est la dignité tout entière de la victime qui se trouve bafouée. 

Le problème est pour celui qui subit cet abus d'être assez lucide pour mettre les mots justes sur ce qui se passe et d'en tirer la leçon qui s'impose. Pour éviter toute compromission et prévenir un engrenage fatal, le plus tôt est le mieux.

Mais, voilà, seules les personnes généreuses, optimistes et pleines d'empathie sont susceptibles de tomber dans le panneau et ce n'est que par le renoncement à manifester ces qualités envers ceux qui ne les méritent pas que le salut survient. Or, cette démarche est contrintuitive pour les victimes potentielles, car elle remet en question leur croyance fondamentale en la bonté de l'être humain. Une croyance qui leur a été la plupart du temps bénéfique jusqu'à la rencontre fatale !  

Fort heureusement, les pervers ne constituent qu'une minorité d'individus que l'on croise la plupart du temps fortuitement, du moins de la part d'une personne saine d'esprit dépourvue de tout attrait pour ce genre de personnage. 

Cependant, l'occasion fait le larron et nul autre que le pervers manie avec autant de dextérité la faculté de trouver des cibles potentielles et l'art de les mystifier. Cette propension à trouver les occasions propices pour profiter des autres, tout en se faisant passer pour leur serviteur, est sans doute la caractéristique la plus saillante de ce type d'individu qui use de la manipulation et de la dissimulation pour parvenir à atteindre ses objectifs. 

Que de telles personnes puissent exister est déjà une prise de conscience difficile à réaliser de la part de ceux qui croient à la bonté humaine ou à la capacité de rédemption de celui qui se fourvoie. Le genre de croyance qui fait frétiller d'excitation un pervers et qui le convainc qu'il y a un bon coup à jouer est justement celle qui consiste à penser que le bien triomphe toujours et que le méchant sera tôt ou tard honteux de sa conduite. 

Le contexte 

« La perversion se décline de bien des façons. Elle est parfois difficile à repérer. Elle se manifeste quand un être humain en instrumentalise un autre. Elle s’installe dans un groupe ou une institution parce que les relations en amont sont propices à l’accueillir. Cette perversion se présente sur ce terreau comme allant de soi, banalisant graduellement ce que précédemment on aurait refusé. La (ou les) victime(s) joue(nt) un rôle dans cette relation. Il ne suffit pas qu’il y ait un pervers pour qu’il y ait prédation et dommage : d’autres éléments entrent en jeu, présents en nous-même ou dans le contexte. »  Claire-Lucie Cziffra 

Vouloir être admiré, faire carrière, s'imposer, prendre le dessus sur quelqu'un d'autre, perçu comme un rival ou un ennemi, sont des tendances si naturelles et spontanées qu'elles pourraient se résumer à une volonté légitime d'exister et de tracer son chemin. D'ailleurs, une certaine réussite dans ce domaine suscite presque toujours de l'admiration, malgré les moyens, pas toujours édifiants ou honnêtes, employés. Ce qui compte est le résultat final, d'autant plus pour les personnes qui ne s'embarrassent pas trop de scrupules moraux pour parvenir à leurs fins. Comme le souligne l'auteur, la psychanalyste Claire-Lucie Cziffra, en citant des paroles de Friedrich Nietzsche, tout l'art du pervers n'est pas, dans un premier temps de semer le doute, car cette phase préliminaire, bien qu'elle existe, est très évanescente, non, la vraie force est sa capacité assez extraordinaire de transformer le mal en bien et de faire en sorte d'en convaincre les autres. Sans cette disposition, la perversion elle-même n'existerait pas. 

Pour que cela marche si bien, il faut cependant qu'une faille existe en chaque homme qui lui fasse croire non seulement que le contraire du bien puisse être encore le bien, mais qu'il soit tenté d'explorer cette voie de traverse, donc de devenir un complice. Une caractéristique que l'auteur met en évidence et qui doit conduire tout observateur neutre à se méfier de trop abonder dans le sens des victimes du pervers, sans faire l'effort d'aborder leur inclination à se laisser séduire et même à participer. 

« La perversion provoque des ondes qui s’élargissent de plus en plus, jusqu’à contaminer tout l’environnement, brouillant rôles et places. Le prédateur est lui-même fragile, et dans une relation duelle chacun peut être en même temps prédateur et victime de l’autre. » Claire-Lucie Cziffra 

Le livre de Claire-Lucie Cziffra a le grand mérite d’offrir un éclairage plus nuancé à  la classique relation bourreau-victime. Ce qui devrait conduire le lecteur à tordre le cou à certaines idées reçues et à certains amalgames funestes.

LIVRE : Les relations perverses - Claire-Lucie Cziffra